LE BONHEUR VIENT NATURELLEMENT A CELUI QUI RETROUVE SON NATUREL


Un jour, dans une conférence que j’animais sur le thème du bonheur, un homme se leva et me dit : «  vous parlez de méthodes, de recherche du bonheur comme si cela devait être le fruit d’une construction laborieuse, je suis bouddhiste et je fais de la méditation depuis longtemps et je peux vous dire que vous faîtes fausse route …le bonheur doit venir tout seul, il vient quand il faut…. de lui-même, le bonheur surgit de façon naturelle, il ne faut surtout pas le chercher.. ! » Cet homme, en réalité n’avait ni raison ni tort .. c’est aussi mon discours et il n’est pas incompatible  avec une attitude de travail sur soi qui facilitera l’arrivée du bonheur, un travail d’ouverture du champ de conscience qui nous mettra sur son chemin .

 Aussi lui répondis-je : «  je suis bien d’accord avec vous, le bonheur vient de façon naturelle … à condition que celui qui le cherche soit lui aussi naturel, naturel dans l’usage de sa conscience, naturel dans ses réactions émotionnelles, dans ses croyances, dans ses comportements … sinon, un bonheur naturel peut-il entrer dans le cœur de quelqu’un qui n’est pas naturel ? .. la question qui vient ensuite c’est : qu’est-ce qu’être naturel ? » . Mon interlocuteur convint que cela était logique – J’ajoutais alors : « comment redevenir naturel si on ne l’est plus ? c’est précisément le but de toute méthode de développement personnel ou de toute  approche de travail sur soi, qu’elle soit psychologique spirituelle ou les deux… »

 

Les bouddhistes font de la méditation, les chamanistes ont une pratique qu’ils appellent «  silence intérieur »   ou : «  stopper le monde »  et qui revient au même.  

 

Par ce moyen, le pratiquant va justement retrouver son naturel, celui de la fraîcheur d’esprit d’un enfant .  En effet, le silence intérieur consiste à recevoir les milliers de sollicitations sensorielles du monde environnant en les prenant comme elles sont, sans les interpréter à travers les  idées et schémas tous faits stockés dans notre  mémoire , processus automatique de la conscience qui enferme le sujet dans un monde toujours identique à lui-même, sans créativité car ne tenant pas compte de la part de « nouveau » contenue dans ce flux sensoriel de l’instant présent – être naturel, c’est cela, la nature c’est ce qui est  réelement là, dans l’instant présent, et non pas ce qu’en filtrent , sans que nous nous en rendions compte, notre attention orientée par  les schémas tous faits de  notre  mémoire. Etre naturel c’est se mettre en prise directe avec la réalité brute des perceptions et y répondre sans passer par les a-prioris qui constituent 95 % de notre intellect. .  parce que le cerveau ,instrument initialement prévu pour représenter virtuellement la réalité,  a largement débordé cette fonction en nous faisant prendre cette représentation pour la réalité elle-même.

 

Comme le dirait Alfred Korzybsky,  « nous prenons la carte pour le territoire, l’artifice pour la nature ».  De cette attitude  naît une  efficacité étonnante et un état de sérénité qui ressemble à s’y méprendre au bonheur !  Il ne s’agit pas d’oublier tout ce que nous savons déjà ( ou croyons savoir !) mais de renouveler et d’adapter à l’instant présent , nos modèles  de  réactions et de  comportements qui vont ainsi  nous permettre des attitudes adaptées à la vraie réalité du moment, ce qui est la définition même de l’intelligence. Il est seulement nécessaire d’apprendre le silence intérieur, l’état naturel de la conscience avant qu’elle ne soit polluée par l’intellect, lui-même fruit du formatage socio-linguistique. Une fois que l’on a goûté à cette façon d’utiliser son attention, le tohu-bohu anarchique des pensées disparait peu à peu, ainsi que le stress, et le langage et la pensée retrouvent  leur sobriété ,ils ont cessé d’envahir la conscience et de dévorer tout notre énergie,  le bouchon du mental ayant disparu, la créativité naturelle de la conscience apparait – Silencieux dans  notre tête, notre attention est totalement disponible pour  s’occuper de l’instant présent, la seule portion du temps où se trouve la véritable réalité et elle peut percevoir son unicité, d’instant en instant,  et  nos  comportements s’adaptent  à chacun d’entre eux,   ils ne sont  plus dicté par la mémoire , par nos routines émotionnelles, mentales et comportementales, remplis de schémas tous faits qui ne sont justement pas adaptés à ce qui se passe là, à chaque instant – Il en résulte une attitude absolument naturelle, toujours juste , toujours  la plus efficace , très souvent perçue comme originale et créative par les autres, précisément parcequ’ils sont tellement habitués à des attitudes standards, stéréotypées, issus de  l’égrégore intellectuel collectif - le bonheur c’est tout simplement cela, c’est ce naturel et il arrive effectivement de lui-même .

 

La question, très actuelle, de savoir si travailler sur soi est naturel, si ce n’est pas un luxe de «  bobo » n’ayant rien d’autre à faire, ou pire encore, une attitude louche et sectaire, trouve la même réponse :  

 

travailler sur soi c’est chercher à maîtriser  une conscience , un corps, un émotionnel qui d’eux-mêmes  ne fonctionnent pas toujours spontanément  en harmonie avec notre besoin de bonheur. L’équilibre intérieur, et la connaissance de soi ne nous sont pas donnés systématiquement à la naissance, l’immense majorité d’entre nous aura à les découvrir et à les conquérir .

Résumant cela de façon magnifique, un grand philosophe a dit « : l’homme n’est pas né pour être équilibré mais pour être équilibriste » .Concernant la question ( qui vient peut-être aussi  à l’esprit du lecteur en lisant les lignes ci-dessus) de savoir si, les chances de bonheur ne semblant pas partagées de façon égale entre les humains à la naissance, l’existence est juste ou pas, les partisans du travail sur soi systématique  répondent :

certes, un certain nombre d’individus naissent intelligents, beaux, plein de volonté et d’énergie, en bonne santé … et riches par-dessus le marché et d’autres naissent beaucoup moins avantagés au départ, mais ces avantages natifs ne leur garantissent  pas pour cela un bonheur systématique, l’observation objective de la réalité le prouvera facilement  - le bonheur durable et profond est d’une autre nature, il  est intimement lié à plusieurs facteurs : l’amour de la vie, qui se nourrit d’une regard positif sur celle-ci, ainsi qu’une confiance en soi fondée sur ce que chacun accomplit lui-même dans sa vie dans les domaines qui lui semblent le plus dignes d’estime, et enfin et surtout une attitude qui peut largement  compenser une inégalité de chances et de talents  liés à la naissance : 

« la  décision  de renaître à soi-même » autrement dit  le travail sur soi,  qui est « le grand maître de justice de l’existence humaine   ». Le bonheur n’a besoin ni d’artifices ni de possessions matérielles, il est à la portée de toute personne suffisamment humble pour accepter l’idée qu’elle n’utilise pas sa conscience de façon optimale et  que cela peut  s’acquérir, quelque soient nos dons natifs et notre niveau culturel de départ ,  c’est un état de grâce qui vient de lui-même quand, par un travail sur soi  patient , nous avons su nous débarrasser  de notre   bouchon intellectuel en renaissant à nous –mêmes par nous-mêmes.

 

PAUL DEGRYSE – livres, formations et stages en chamanisme toltèque

site : chamanisme-ecologie.com  et  meditationfrance.com

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