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Tu l’as déjà…
Un homme cheminait par monts et par vallées portant un sac pesant sur son dos. Courbé en deux sous le poids de ce fardeau , l’homme se plaignait tout haut de son sort et de temps en temps il changeait le sac d’épaule mais en vain , la charge restait tout aussi pénible. Etant croyant, il finit par regarder vers le ciel et implora Dieu de l’aider, de lui rendre la vie plus facile, mais après plusieurs suppliques, la réponse restait toujours la même et Dieu lui répondait : « tu as déjà ce que tu me demandes.. »
L’homme ne comprenait pas et finit par penser que non content de lui avoir donné une vie aussi pénible et une telle charge à porter, Dieu voulait en plus se moquer de lui ou l’humilier par cette réponse insensée.
Un jour, il arriva dans une région montagneuse, son chemin longeait une gorge impressionnante. Il avançait péniblement le long de celle-ci quand tout à coup, il trébucha sur une pierre et son lourd fardeau, passant au-dessus de ses épaules, lui échappa et tomba dans le précipice, rebondissant de rocher en rocher puis le sac se déchira sous les chocs et s’ouvrit. L’homme , qui ne connaissait pas son contenu, en vit sortir avec étonnement trois chaudrons de métal remplis à ras-bord de toutes sortes de choses hétéroclites et peu identifiables dont certaines paraissaient être des détritus, et qui étaient projetées dans tous les sens pendant que ceux-ci continuaient leur course folle vers le fond du ravin. L’homme eut cependant le temps de voir que ces trois chaudrons avaient plus ou moins la forme l’un d’une tête, l’autre d’un cœur et le dernier d’un ventre humain. Mais ce qui fut encore plus étrange pour lui fut de voir qu’à la fin de leur chute, vidés de leur contenu, les trois chaudrons se réunirent et s’emboitêrent l’un dans l’autre avant de s’immobiliser totalement.
Alors, cette fois, l’homme n’en crut pas ses yeux car tout de suite après ils se fondirent en une seule forme blanche et vaporeuse qui se transforma en un très grand oiseau blanc aux ailes immenses qui prit doucement son envol et remontant le ravin, s’éleva bientôt majestueusement dans le ciel, décrivant de larges spires et quand il passa tout près de l’homme celui-ci vit que sur le dos de la magnifique créature il y avait un siège vide sur le dossier duquel était écrit son nom.
Le grand oiseau blanc continuait ses larges spirales dans le ciel et l’homme comprit enfin mais un peu tard les réponses de Dieu.
Claude Paul Degryse
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