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ASSISTANAT…DANGER SUR LA PLANETE !
UN PETIT CONTE POUR NE PLUS DORMIR DEBOUT
Je vais vous raconter un petit conte satyrique mais au préalable vous relater un évènement réel survenu chez moi et révélateur d’un état de chose très préoccupant pour la planète.
« La nature est dangereuse pour l’homme, il faut s’en méfier et en tirer tout ce dont on a besoin, en coupant ces arbres on protège les gens et on en tire de l’argent utile à la commune ».
Voilà ce que m’a répondu au téléphone un responsable de mairie à qui je demandais de modérer le zèle des services municipaux chargés de l’entretien des forêts qui sont autour de la petite ville du Lot dans laquelle je réside.
A trois siècles prêts, on aurait cru entendre Descartes réincarné qui s’exprimait dans la peau d’un fonctionnaire de l’Etat.
A dix minutes du centre ville commence un très beau chemin de grande randonnée qui est aussi celui de Saint Jacques de Compostelle, goudronné par endroits et bordé d’un ruisseau et de grands arbres, un lieu jusque là calme et reposant où beaucoup de gens vont se ressourcer quotidiennement.
Bien sûr, quand il fait du vent, quelques branches mortes tombent sur ce chemin et lors d’une tempête exceptionnelle il arrive parfois qu’un arbre mort tombe aussi.
C’est précisément à cette occasion que j’ai rencontré un groupe de bûcherons municipaux qui, je m’en rendis compte par la suite, avait abattu quinze arbres vivants après qu’un petit tronc fût tombé en travers du chemin.
Les ayant rencontré le lendemain sur le même lieu, je demandais, un peu étonné, à l’un d’entre eux pourquoi ils avaient abattu tant d’arbres. Cet homme qui brandissait sa tronçonneuse avec un sourire quasi extatique aux lèvres me répondit sans hésitation : « C’est un ordre de la mairie, c’est très dangereux, beaucoup de gens se sont plaints, ils ont peur qu’une branche morte tombe sur un enfant, si cela arrivait, c’est la mairie qui serait responsable alors nous avons ordre d’abattre tout arbre qui n’est pas droit ». J’’étais halluciné.
Deux mois après, c’était un particulier résidant en gironde et propriétaire d’une autre maison dans notre ville ainsi que d’un terrain au bord du chemin qui, venu en 4x4 et accompagné de trois camions et d’une équipe de bûcherons privés, faisait abattre une cinquantaine de gros chênes le long de ce chemin.
A ma question : « Pourquoi avez-vous abattu tous ces arbres ? », il répondit d’abord : « Ils sont malades (ce qui était faux), leurs branches mortes pourraient tomber sur des promeneurs » puis il ajouta : « En fait ça me fera de l’argent, les impôts sont très chers ici, de toute façon, ils ne sont pas droits et la mairie est d’accord ».
Voilà qui est nouveau, désormais les arbres n’ont plus le droit de pousser autrement que tout droit, sinon ils sont condamnés.
Je lui conseillais, s’il avait besoin d’argent, d’acheter une voiture qui ne consomme pas 20 litres d’essence au 100 kilomètres pour payer ses impôts avec cette économie et ne pas massacrer la nature. Peine perdue : il me regarde comme si j’étais devenu fou.
Tout cela m’a fait réfléchir et j’en ai tiré un petit conte satyrique sur un thème qui m’est cher : le danger que représente pour la liberté humaine, notamment celle de penser par soi-même, l’inquiétante expansion de l’assistanat généralisé qui caractérise notre société actuelle. On entretient des peurs pour vendre de la protection ou bien pour diminuer peu à peu le pouvoir individuel de réfléchir et d’assumer un minimum sa sécurité personnelle.
LE DOUX PAYS DE L’ASSISTANAT TOTAL
Il était une fois un petit pays démocratique dont le président avait été élu pour son caractère très prudent et très protecteur. Pendant sa campagne, il affichait partout et en toutes occasions un grand souci de protection et d’assistance en tous genres pour ses concitoyens, notamment les personnes âgées, les sourds, les handicapés, les pauvres, les paralytiques, les bègues, etc… et comme il y en avait déjà beaucoup dans son pays et qu’il promettait aussi aux autres de les protéger de toutes les sortes d’accidents, d’imprévus, de malheurs et de maladies qui pourraient les menacer, il avait été élu à une très forte majorité sur ce programme.
Un jour, cependant, malgré cela, une branche était tombée d’un arbre au cours d’une tempête à la sortie de la ville et une personne qui passait par là avait failli la recevoir sur la tête. Elle s’en plaignit autour d’elle et cela vint aux oreilles du président.
Aussitôt, ce grand protecteur de son peuple fit abattre tous les arbres de la région et, après réflexion pour être sûr qu’aucun accident de ce genre ne put jamais survenir, il décida de les faire tous abattre dans le pays.
Bien que respirant de plus en plus mal et manquant d’ombre par temps ensoleillé, les habitants étaient rassurés.
Content d’avoir retrouvé de bons sondages, le président partit en vacances à l’étranger pour s’aérer un peu.
Hélas, pendant ce temps, une rivière déborda dans son pays. Les gens eurent très peur et il y eut des scandales dans tous les conseils municipaux : comment pouvait-on, en plein 21ème siècle permettre à une rivière de menacer la sécurité des habitants d’un pays aussi moderne ?
Revenu précipitamment de vacances, le président fit d’abord détourner et finalement assécher cette rivière mais il dut augmenter les impôts pour construire un très long aqueduc afin d’amener de l’eau potable du pays voisin.
Aucun nuage n’était visible dans le ciel et la sècheresse se faisait de plus en plus inquiétante. Cependant, il y avait encore, inexplicablement d’ailleurs, par mal d’oiseaux mais apparemment affolés par l’absence totale d’arbres, ils volaient de façon agitée et faisaient beaucoup de bruit dans les buissons et fourrés qui demeuraient au bord des champs. Cette forte agitation volatile finit par avoir une conséquence déplorable : un oiseau en vol heurta le visage d’une vieille dame puis ce fut au tour d’un enfant. C’en était trop ! Le président passa à la télévision avant que la chose ne fût trop connue et pour pallier à tout danger qui remettrait en question son programme de protection intégrale de la population, il déclara que tout ces dangereux volatiles dont une société moderne n’avait que faire, seraient abattus. Les zoos suffisaient largement pour conserver quelques unes de ces bestioles d’un passé révolu.
Entre temps, le ministère de la santé informa le président d’une étrange maladie : de plus en plus de gens tombaient tout à coup sur les genoux en se tenant la gorge ce qui, mobilisant leurs mains, aggravait encore les blessures causées par ces chutes. Ces personnes semblaient souffrir d’une grande faiblesse des jambes. Au bout de quelques semaines, il y avait déjà des milliers de gens blessés.
Le président réunit une commission spéciale, les sondages de popularité devenaient menaçants, il fallait agir et vite, d’autant plus que les hôpitaux ne pouvant plus accueillir tous ces blessés, ils restaient sur la voie publique et entravaient sérieusement la circulation dans les rues.
En accord avec les suggestions de sa commission, le président prit une décision démocratique : la grand faiblesse que les médecins avaient diagnostiqué chez les gens qui n’étaient pas encore tombés était effectivement localisée dans les jambes.
Il fallait donc couper les jambes de ces personnes pour éviter qu’elles ne se blessent en tombant. Elles seraient pourvues de chaises roulantes, toucheraient une pension que le président ferait ponctionner sur les bénéfices énormes que son meilleur ami l’industriel T. toucherait grâce au marché florissant des chaises roulantes et les bénéficiaires de cette mesure hautement préventive seraient poussés sur leurs petits engins par tous les chômeurs du pays désormais pourvus d’un emploi.
Le président avait réussi un coup de maître. Il avait protégé la population de graves chutes liées à cette étrange maladie et il avait résolu le problème du chômage et en plus, la commune bénéficiait des impôts juteux provenant de l’usine implantée à la sortie de la ville pour fabriquer les chaises roulantes. Sa cote de popularité était remontée en flèche.
Il fallait maintenant que cette situation serve le progrès technologique d’une société moderne digne de ce nom : le fabricant eut donc l’idée d’installer sur une nouvelle version de la chaise, un mini poste de télévision pour que pousseurs et poussés, puissent toute la journée regarder les émissions à la gloire du merveilleux régime assistocratique du président ainsi que des matchs de foot pour handicapés roulants et des publicités pour une autre société installée à la sortie du village, fabricant un extraordinaire appareil à respirer du vrai air importé de l’Himalaya, un produit nouveau qui commençait à faire fureur dans ce pays formidable, toujours à la pointe du progrès et de la modernité.
Pousseurs et poussés étaient heureux, ils vivaient dans un monde moderne à leur image, débarrassés de tous risques inutiles liés à une partie du corps finalement pas plus indispensable que leurs cerveaux, ils seraient à l’abri du besoin toute leur vie en touchant leur allocation intitulée par le ministère des droits à la protection sociale : « allocation libre de tous risques ».
Sur le fronton des mairies, le président avait fait inscrire le nouveau leit-motiv de sa république : « sécurité, protection, assurance ». Un autre de ses amis ayant justement fondé une société d’assurance pour permettre de se garantir contre tout faux assureur.
Le président était aux anges, il fut réélu avec un score jamais atteint et put, grâce à la générosité de ses amis les industriels, se payer un avion pour aller dans l’Himalaya tester sur place l’air importé et vendu dans son pays.
Claude Paul Degryse
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