LA CRISE ECOLOGIQUE PLANETAIRE : UNE FORMIDABLE OPPORTUNITE POUR REPRENDRE LE CHEMIN DE L’HUMANISME ET REVOIR LE SENS DE L’EXISTENCE HUMAINE

( lettre à Monsieur Nicolas Sarkozy, président de la commission Européenne)

La terre est en danger.


Dans son ivresse moderniste, l’homme,  pendant deux siècles, avait oubliĂ© qu’elle aussi est un ĂŞtre vivant et que sa santĂ© et sa survie, dont dĂ©pendent notre propre santĂ© et notre propre survie, sont Ă©troitement  conditionnĂ©es par un dĂ©licat Ă©quilibre entre de multiples facteurs climatiques, Ă©nergĂ©tiques et gĂ©ologiques d’une complexitĂ© peut-ĂŞtre aussi grande que ceux qui rĂ©gissent l’équilibre vital d’un  corps humain.


Nous avons des raisons de nous inquiĂ©ter et fort heureusement pour nous, nos responsabilitĂ©s face aux profondes perturbations  qui se manifestent sur la terre ne sont pas dissimulĂ©es et chacun peut maintenant en prendre la mesure mais simultanĂ©ment cette situation est bien loin d’ ĂŞtre seulement nĂ©gative : la terre nous donne une providentielle leçon d’humilitĂ© dont nous avions bien besoin et dont nous pouvons profiter, non seulement,  bien sĂ»r , pour rectifier nos erreurs mais aussi et surtout pour reprendre en mains notre propre Ă©volution par un  prodigieux saut  de conscience en avant.

Si les responsables scientifiques, sociologiques et politiques dont vous faites partie sont rĂ©ellement conscients des enjeux de la situation, s’ils savent poser un regard global sur celle-ci et s’ils sont vraiment dĂ©cidĂ©s Ă  agir en faveur de la vie,, il semble que la première question qu’ils doivent se poser  sera la suivante : « pourquoi en sommes-nous arrivĂ©s lĂ  ? »


Tous les ĂŞtres vivants, toutes les Ă©nergies actives sur la planète sont non seulement reliĂ©es entre eux et entre elles, mais ils sont aussi reliĂ©s au passĂ© proche et lointain et aucun responsable planĂ©taire actuel susceptible de prendre des dĂ©cisions au nom de millions d’hommes ne peut Ă  notre Ă©poque faire abstraction de cette globalisation spatiale et temporelle,  paramètre  essentiel et scientifique du fonctionnement vital de la terre .


La réponse doit dépasser le cadre purement technique et scientifique de la situation, elle doit être élaborée à partir d’un élargissement considérable de notre point de vue sur l’humanité et sur le sens de sa présence sur terre, ce n’est qu’ainsi que cette crise nous fera progresser au plan conscientiel . Le regard étroitement analytique et cartésien est dépassé et c’est même lui qui nous a aveuglé pendant plusieurs siècles.


Je vous donne un exemple pour illustrer ce propos : si un enfant trĂ©buche en marchant sur un trottoir  et se fracture le genou, on peut dĂ©cider, comme solution, après l’avoir   soignĂ©, qu’il faut remettre Ă  sa place le pavĂ© qui dĂ©passait, ou encore qu’il faut changer l’épaisseur des semelles de ses chaussures que l’on suppose trop Ă©paisses, mais on peut aussi en profiter pour lui enseigner l’intĂ©rĂŞt d’être plus attentif en toutes occasions. Il y a une diffĂ©rence profonde entre les deux premières solutions et la troisième : avec les deux  premières , nous faisons Ă©voluer le trottoir ou les chaussures, avec la troisième , nous faisons Ă©voluer l’enfant, nous le rendons plus responsable de ses actes,  le vrai progrès c’est cela  Dans les deux premiers cas, l’enfant n’aura pas profitĂ© de la leçon et d’autres mĂ©saventures seront la consĂ©quence  de son inattention persistante .


ConsidĂ©rer la situation critique de l’humanitĂ© sur la terre et sa responsabilitĂ©  dans celle-ci sans remettre en question le sens qu’elle veut donner Ă  son existence et sans envisager  un changement de choix  philosophiques pour l’avenir ce serait exactement comme de choisir les deux premières solutions en ignorant totalement la troisième , dans le cas de l’exemple prĂ©cĂ©dent.


De nombreux philosophes et sociologues ont, depuis de nombreuses décennies clairement insisté, dans leurs analyses de la société moderne, sur le fait que notre civilisation a fait beaucoup évoluer la technologie, fille de la science, mais que par l’assistanat généralisé qu’elle implique, elle est loin d’avoir fait évoluer l’homme lui-même, l’homme ordinaire, l’homme de la masse qui représente 95 % de la population.


Le niveau de l’intelligence humaine ne peut plus ĂŞtre mesurĂ© Ă  la capacitĂ© de mĂ©moriser d’innombrables codes et procĂ©dures techniques et mĂ©caniques que nĂ©cessitent maintenant le moindre geste professionnel ou le moindre acte de la vie privĂ©e , mais bien plutĂ´t dans la capacitĂ© de rĂ©flexion  personnelle et de crĂ©ativitĂ© individuelle  que  peut dĂ©montrer un individu face aux imprĂ©vus multiples de la vie quotidienne..


Si l’on considère l’homme,  Ă  partir point de vue  darwinien  , comme l’aboutissement d’une succession de règnes allant du monde minĂ©ral Ă  lui-mĂŞme en passant par le règne vĂ©gĂ©tal et le règne animal ,  on ne peut qu’être Ă©merveillĂ© par cette grandiose Ă©volution de la vie sur terre mais en mĂŞme temps, face Ă  l’immense gâchis qu’est le massacre de la vie auquel se livre l’homme depuis quelques gĂ©nĂ©rations , on ne peut que s’exclamer :


«  N’aurions-nous reçu  ce niveau de conscience qui , par nos productions artistiques, philosophiques et spirituelles, nous distingue si nettement  du règne animal, que pour nous anĂ©antir nous –mĂŞmes Ă  peine sortis de celui-ci , par l’effet d’un orgueil immense suscitĂ© prĂ©cisĂ©ment par la contemplation narcissiste de notre crĂ©ativitĂ© ? »


Un flot de suffisance qui nous aurait aveuglĂ© au point de nous couper des autres règnes et de nous croire capables d’exploiter et de dĂ©truire impitoyablement ces «  règnes-ancĂŞtres »  sans ĂŞtre nous-mĂŞmes le moins du monde atteints par ces destructions ? Ces millĂ©naires de sagesse philosophique ou spirituelle avaient-ils de telles carences cognitives ou  leur trĂ©sors ont-ils Ă©tĂ©  subitement et totalement oubliĂ©s ? Que s’est-il donc passĂ© brusquement en l’espace d’à peine deux siècles qui menace maintenant de mort le fruit de plusieurs milliards d’annĂ©es d’évolution vers la vie et la conscience ?


La réponse est simple, terrible dans sa simplicité mais pas facile à accepter :

L’homme est, comme l’univers ou la terre, une globalité, :il est fait de trois parties, qui, lorsqu’elles fonctionnent interactivement, en éveillent une quatrième : l’âme.


Il y a de l’intelligence et de la connaissance dans les quatres parties, ce que l’intellect dĂ©cide,le cĹ“ur doit le ressentir, ce que le cĹ“ur dĂ©sire,  l’intellect doit le valider,ce que le corps sait, les deux autres doivent l’écouter,  mais surtout l’intellect, le cĹ“ur et le corps doivent savoir se taire un moment pour que l’’homme entende son âme s’exprimer .


Or, voici Ă  peine trois siècles, tout Ă  coup, l’homme s’est mis Ă  fonctionner majoritairement Ă  partir de son intellect,et , Ă©merveillĂ© des discours de celui-ci, il a cessĂ©  d’écouter son cĹ“ur, son corps et son âme , Ă©chafaudant de nouvelles croyances qui prirent bientĂ´t la place et le rĂ´le des religions  et deux d’entre elles se distinguèrent particulièrement pour bientĂ´t s’associer :

le scientisme et l’économisme.


Comprenons-nous bien : le scientisme n’est pas la science, mais une foi fanatique et sans réserve dans la capacité qu’aurait la science de résoudre tous les problèmes de l’homme et de le rendre parfaitement heureux.


De mĂŞme l’économisme n’est pas l’économie, mais une foi fanatique dans l’idĂ©e que c’est la circulation de l’argent  la production et l’appropriation de biens matĂ©riels qu’il permet  qui serait un facteur essentiel du fonctionnement harmonieux de la sociĂ©tĂ© et du bien-ĂŞtre des personnes.. L’ensemble de ces deux systèmes rĂ©unis  constitue le matĂ©rialisme, qui rĂ©git  sans partage la sociĂ©tĂ©  occidentale actuelle et de plus en plus la totalitĂ© des cultures de la planète.


Ce mode de fonctionnement est aussi une idĂ©ologie et ses partisans convaincus, hommes politiques, idĂ©ologues professionnels, Ă©conomistes et industriels, ceux qui en sont les acteurs dĂ©libĂ©rĂ©s doivent s’autojustifier et s’autovalider en permanence  et pour cela ils ont aussi le pouvoir sur tous les mĂ©dias qui imprègnent par tous les moyens, possibles, y compris le mensonge, la manipulation mentale, l’intoxication Ă©motionnelle voire l’intimidation, l’esprit des masses afin qu’elles ne puissent prendre la mesure des effets inquiĂ©tants et mortifères de ce système social.


En fait, le matĂ©rialisme, pour la masse des ĂŞtres humains , consiste Ă  nourrir  l’ Ă©norme machine techno-Ă©conomiste en produisant toujours plus pour consommer toujours plus, car cette machine fonctionnant elle-mĂŞme de façon dualiste et compĂ©titive, est condamnĂ©e Ă  une inflation consumĂ©ro-productiviste permanente qui dĂ©vore la conscience des ĂŞtres humains en les maintenant  sous l’hypnose  de l’aviditĂ© matĂ©rielle et de la peur du non-emploi.


Le règne humain  est encore dans son adolescence . Les religions pas plus  que le matĂ©rialisme ne lui ont permis de mĂ»rir parceque le sens du mot «  libertĂ© » a toujours Ă©tĂ© manipulĂ© sĂ©mantiquement par les crĂ©ateurs de la plupart des  religions et encore plus par les idĂ©ologues et leaders du matĂ©rialisme.


La libertĂ©, en effet, est la vĂ©ritable clĂ© de la maturation  du genre humain, la libertĂ© ne peut surgir que du dedans de chaque individu, elle est une Ă©nergie centrifuge  C’est de lui-mĂŞme, avant tout, que l’être humain doit se libĂ©rer, de son attachement, et mĂŞme si beaucoup de religions, notamment certaines, ne laissent pas beaucoup de place Ă  la spontanĂ©itĂ© de chaque conscience pour que la libertĂ© fleurisse en lui, le matĂ©rialisme est encore bien pire, car institutionnalisant le culte de la possession de biens matĂ©riels et le mercantilisme gĂ©nĂ©ralisĂ©, il ramène l’homme Ă  sa nature la plus primitive  et animale et Ă   la phase infantile  de la croissance du bĂ©bĂ©. qui porte tout Ă  sa bouche pour tout avaler.


Comment l’humanitĂ© peut-elle profiter de la crise  Ă©cologique planĂ©taire pour faire un nouveau bon Ă©volutif en avant ?


Les signataires de ce document pensent  que le rapport social dominant/dominĂ© qui caractĂ©rise toutes les sociĂ©tĂ©s y compris les dĂ©mocraties oĂą ce rapport ne semble attĂ©nuĂ© que par la manipulation intellectuelle permanente des personnes , doit totalement  Ă©voluer  et que c’est seulement ce changement qui pourra  sauver la terre, car les profonds changements comportementaux que va nĂ©cessiter l’abandon du matĂ©rialisme  ne vont pouvoir se mettre en place dans le dĂ©lai nĂ©cessaire que par la volontĂ© spontanĂ©e des individus.

Mais Combien de personnes sont prĂŞtes actuellement sur terre, Ă  abandonner leur mode de vie consumĂ©ro-productiviste, mĂŞme si celui-ci ne les rend pas du tout heureux ? très peu ! car  la majoritĂ© d’entre eux ne peuvent pas croire que l’on puisse vivre autrement, ils sont conditionnĂ©s comme cela depuis plusieurs gĂ©nĂ©rations, ils ont Ă©tĂ© nourris dès la naissance avec ce discours et si le coup de frein vient d’en haut, d’énormes rĂ©voltes auront lieu, il faut donc simultanĂ©ment engager un travail Ă  partir du dedans, leur faire dĂ©couvrir un nouveau mode de vie qui s’adresse autant Ă  leur intellect qu’à leur cĹ“ur et qu’à leur corps ,pour qu’ils deviennent eux-mĂŞmes les acteurs du changement planĂ©taire, pour que cette crise soit l’occasion d’un prodigieux bond  Ă©volutif pour l’espèce humaine et ce changement c’est le travail sur soi.


Qu’est-ce que le travail sur soi ?


Cela commence par l’acceptation de l’idĂ©e que chaque individu peut amĂ©liorer considĂ©rablement tous les aspects de sa vie  en apprenant Ă  mieux se connaĂ®tre lui-mĂŞme  puis en travaillant du dedans ses propres caractĂ©ristiques et fonctionnements psychiques  ,Ă©motionnels et corporels.

Le travail sur soi ne peut s’engager qu’à partir de la foi dans cette idĂ©e, c’en est un aspect essentiel et sa condition première est l’humilitĂ© (encore une foi), un paradoxe puisqu’il faut aussi nourrir  l’ambition  du bien-ĂŞtre en mĂŞme temps que celle du progrès personnel et intĂ©rieur,  afin de produire une plus grande autonomie mentale.


On peut dire Ă©videmment que le travail sur soi, engagĂ© dans ces conditions, est un travail libĂ©rateur qui permet une ouverture de conscience de l’individu n’ayant aucune commune  mesure avec un quelconque enseignement octroyĂ© de l’extĂ©rieur dans un cadre officiel et institutionnalisĂ©.

Mais surtout c’est une dĂ©marche qui permet Ă  chaque individu de retrouver le juste Ă©quilibre entre ses besoins purement matĂ©riels et ses besoins plus subtils et c’est justement de cette prise de conscience , rĂ©alisĂ©e massivement mais par chacun, spontanĂ©ment et du dedans, ,dont nous avons un urgent besoin  pour mettre en place le système de la sobriĂ©tĂ© heureuse qui permettra de surmonter la crise planĂ©taire en ramenant  notre productivisme frĂ©nĂ©tique Ă  des proportions raisonnables, saines et compatibles avec le respect de la santĂ© de la terre.


Peut-ĂŞtre, Monsieur le PrĂ©sident, penserez-vous que c’est lĂ  une solution bien utopique et quelque peu Ă©loignĂ©e  du problème car en temps qu’homme moderne vous raisonnez en pensant qu’à un problème Ă©cologique il faut une solution Ă©cologique mais je vous l’ai dit au dĂ©but de cette dĂ©claration, les causes de notre situation actuelle ne sont industrielles que dans la phase ultime de la chaĂ®ne des causes et effets qui ont abouti Ă  celle-ci,  vous le savez ,on ne supprime  les mauvaises herbes qu’en les dĂ©racinant , non en les coupant au ras du sol, de mĂŞme dans cette situation grave, il faut aller plus profond que le «  ras du sol » et percevoir que les causes sont humaines, sociologiques et mĂŞme psychosociologiques.


La plus importante de ces causes  est l’état d’immaturitĂ© gĂ©nĂ©ralisĂ©e d’une humanitĂ© qui vit encore, partout sur la planète, Ă  un niveau d’irresponsabilitĂ© psychique dĂ» Ă  son organisation sociale millĂ©naire dominant/ dominĂ© , s’apparentant plus  au fonctionnement social du règne animal qu’à un niveau de conscience prĂ©tendĂ»ment « humaniste » de notre’ Ă©volution ..


Ce système , en effet,  maintient l’immense majoritĂ© de la population terrestre dans un Ă©tat de passivitĂ© intellectuelle entretetenue par le «  prĂŞt-Ă -penser » Ă©ducationnel.


Nous ne rĂ©soudrons pas cette crise planĂ©taire sans changer profondĂ©ment notre philosophie du fonctionnement collectif des hommes et, par lĂ ,  le sens que nous donnons Ă  la vie et Ă  la conscience. Profitons-en…. C’est une occasion rĂŞvĂ©e pour donner enfin un vrai sens au mot «  libertĂ© » si galvaudĂ© depuis des millĂ©naires…


Ne sont-ce pas des utopies raisonnables qui ont toujours fait évoluer l’ humanité ?

et  si nous acceptons de concevoir que cette Ă©volution est  loin d’être achevĂ©e, pourquoi ne pas avoir l’ambition, Ă  la mesure de cette humilitĂ©, de la prendre en mains ?


Quand les premiers hominiens se sont  dressĂ©s sur leurs membres arrières pour libĂ©rer leurs mains, peut-ĂŞtre cela fut-il la  rĂ©ponse Ă  une menace d’extinction liĂ©e Ă  la force  prĂ©datrice d’une autre espèce vivante de leur voisinage , et peut-ĂŞtre certains d’entre eux, confondus par cette audace et cette nouveautĂ©, ont-ils pensĂ©s  qu’un tel mode de locomotion Ă©tait impossible et utopique et cependant quel  bond en avant cela a-t-il permis !


Aujourd’hui , l’utopie du travail sur soi  gĂ©nĂ©ralisĂ© se prĂ©sente comme une solution audacieuse pour rĂ©soudre la crise  de gĂ©ophobie que nous vivons, elle peut dĂ©clencher un autre bond en avant pour les ĂŞtres humains qui auront su profiter de leurs erreurs pour  s’engager, cette fois consciemment dans une nouvelle spire de l’aventure terrestre,  ce sera sans doute l’évènement le plus prodigieux de l’histoire humaine depuis l’adoption de la posture  verticale.


Après la libération des mains voici venu le temps de la libération du cerveau, pour passer peut-être à un nouveau règne de la vie sur terre .

Claude Degryse – groupe «  travail sur soi et planète »