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LA  VIE ,  UN COMBAT UN PEU PARTICULIER

 

Qu’est-ce que la vie ?

 

Qu’on la considère du point de vue subjectif ( de la conscience) ou du point de vue  objectif ( des êtres de divers règnes animés par diverses énergies) la vie est mouvement.

 

Mais d’où vient ce mouvement ?

 

Il est toujours le résultat d’un besoin non satisfait, d’un manque ou d’une fuite et il se manifeste toujours par une  perpétuelle transformation des choses et des êtres.

 

Ce besoin non satisfait, ce manque, cette fuite , montrent un phénomène de prédation inséparable, voire identique, à ce qu’on appelle l’énergie, et qui implique un autre processus, celui d’antagonisme et de combat.

 

Depuis toujours, les  philosophes ont essayé d’envisager  la possibilité d’une forme d’existence qui n’impliquerait aucun combat, aucune prédation, une forme entièrement pacifique d’existence, et pour la défendre, pour la mettre en œuvre, ils sont alors toujours et irrémédiablement entrés en conflit, au moins verbal , avec d’autres gens, ce qui aurait dû les amener à ouvrir les yeux et à chercher une autre solution !

 

Heraclite d’Ephèse, l’un des plus  grands et des plus perspicaces parmi les philosophes de l’antiquité, disait :

« Tout ce qui est, est en devenir et ce devenir, quoiqu ’harmonieux n’est point pacifique mais guerrier car chaque chose est le résultat de l’union d’elle-même et de son opposé »

 

C’est ce que l’on appelé plus tard  la nature « antagoniste/complémentaire » de l’Univers et qu’un autre très grand philosophe, contemporain celui-là, Stephane Lupasco, a démontré  ces dernières décennies dans l’un de ses livres, en partant de la physique et non de la métaphysique.

 

C’est aussi, ce qu’en chamanisme, on appelle la dualité dynamique

(voir mon livre : «  chamane, le chemin des immortels »).

 

Tout ce qui est vivant est donc engagé dans un combat pour continuer de l’être et cependant si nous sommes bien attentifs au monde nous voyons qu’il est magnifique, quand nous faisons une pause dans ce combat perpétuel pour exister, nous nous rendons compte qu’il est plénitude, majestueux, pure beauté et, qui plus est, pure gratuité…

 

Ce moment de contemplation nous remplit même d’un  sentiment de gratitude tellement fort et troublant que nous ne savons même pas l’exprimer, notre cœur a l’intuition d’une énergie créatrice de tout cela qui ne peut être qu’amour malgré la nature simultanément combative de cette création… alors nos adversaires nous apparaissent, comme nous-mêmes, les acteurs qui font marcher cette énergie, et tout en les combattant nous ne pouvons que les aimer…

 

Certes, nous pouvons un jour avoir la chance de prendre conscience que le combat primordial se passe avant tout au-dedans de nous-mêmes mais si ce qui est au dehors n’est que la projection de ce qui est au-dedans, si le monde extérieur n’est que la création des consciences qui en sont les témoins, comme nous l’enseigne l’anneau de pouvoir des chamanes toltèques, alors il parait entièrement naturel de retrouver dans le monde extérieur le combat que nous menons au-dedans .. !

 

Souvenons-nous, dans la Bhagavad-gîta, d’Arjuna sur son char, bouleversé jusqu’aux larmes quand il aperçoit  des membres de sa propre famille dans les armées qui s’avancent pour le combattre sur le champ de bataille et Krishna  sur sa gauche lui enseignant la plus grande loi de l’Univers, la même qu’exprimait Héraclite de l’autre coté de la terre et la manière d’en bien vivre la nature implacable : le détachement… !

 

Pour être un chamane, il faut d’abord être un guerrier de l’esprit qui comprend et accepte cette loi, la loi du grand paradoxe de l’Univers… !

 

Nettoyé par son combat intérieur, le guerrier de l’esprit n’aborde plus le combat extérieur de la même façon que l’homme ordinaire, il ne combat plus pour lui-même, il n’a rien à défendre, il s’affirme simplement par des actes et des pàroles les  plus justes possibles, sans se prendre au sérieux…

 

Aventurier de l’éternité, il se sait une âme immortelle en joyeuse errance, ce qui lui permet, et c’est là la différence, d’aimer ses adversaires autant que ses partisans….

 

 

 

Paul Degryse