DEPASSER LA MODERNITE POUR SURVIVRE, LE VOULONS-NOUS VRAIMENT ?



Dans une sociĂ©tĂ© moderne ayant Ă©levĂ© le progrès au rang d’une religion, il serait urgent que nos grands philosophes ( enfin ceux que les mĂ©dias prĂ©sentent comme tels), au lieu de se caresser le nombril, mettent les puissants de ce monde face Ă  la nĂ©cessitĂ© de rĂ©pondre  honnĂŞtement Ă  la question suivante : lĂ  oĂą elle en est actuellement et du point de vue Ă©volutionniste et humaniste, l’humanitĂ© est-elle  capable d’aller plus loin ? avons-nous un avenir rĂ©pondant Ă  ces deux critères ?    autrement dit, l’humanitĂ© est-elle capable d’atteindre enfin sa maturitĂ© considĂ©rant qu’avec le capital cĂ©rĂ©bral dont elle dispose, on peut dire qu’elle en est encore Ă  sa pubertĂ© et qu’il serait dommage qu’un adolescent  aussi  gâtĂ© par la nature en termes de  capacitĂ© de rĂ©flexion n’aille pas plus loin !


Que lui faudrait-il pour cela ? …Elle devrait  dĂ©passer la barrière mĂ©taphysique de la dualitĂ©  pour vivre celle-ci non plus sur le mode oppositionnel comme le font encore les ĂŞtre vivants du monde animal et vĂ©gĂ©tal sous la pression de l’instinct de survie, mais sur le monde complĂ©mentariste en Ă©vitant ainsi l’uniformisation planĂ©taire qui semble ĂŞtre le nouveau mythe  de l’espèce humaine pour tenter de dĂ©passer cette dualitĂ© … encore un qui ne fonctionnera pas car la dualitĂ© est  constitutive de l’êtretĂ© elle-mĂŞme de l’univers, concret et abstrait !


La dualitĂ©, en effet, est la consĂ©quence ontologique du processus individuel lui-mĂŞme ,c’est-Ă -dire que l’individu, de quelque espèce qu’il soit, est un individu, c’est-Ă -dire une entitĂ© se suffisant relativement Ă  elle-mĂŞme, donc semi-ouverte et semi-fermĂ©e Ă  la fois ( concept fondamental de la systĂ©mique), par confrontation  Ă  ses rivaux, tous les autres ĂŞtres vivants qui l’entourent et auxquels il va devoir s’opposer pour s’affirmer et continuer d’exister comme individu, puis par prĂ©dation, toujours pour continuer d’exister comme individu. Tout  individu est en situation de rivalitĂ© naturelle face Ă  tout autre homme ou a tout autre ĂŞtre vivant.


Les  hommes n’ont pas Ă©chappĂ© Ă  cette loi mĂ©taphysique, ils l’ont simplement enrobĂ© de sucre-glace pour la faire passer, c’est-Ă -dire de dĂ©mocratie, de compassion et de toutes sortes de beaux discours purement thĂ©oriques- La modernitĂ© est une consĂ©quence  directe de l’incapacitĂ©  pour les hommes d’avoir su dĂ©passer cette loi  tout en la respectant. Le progrès fut un espoir pour les premiers humanistes qui y voyaient un moyen de faire cesser ,sous la forme de l’esclavage ou de la prolĂ©tarisation, le système de prĂ©dation sous lequel vivaient les hommes d’il y a trois siècles .Sous une forme diffĂ©rente, nous vivons encore sous un système de prĂ©dation parce que la dualitĂ© reste malheureusement oppositionnelle et que, fort heureusement  par contre, l’existence individuelle des ĂŞtres vivants existe toujours.


Alors vint l’idĂ©e chez certains, d’uniformiser les hommes, les  individus, les cultures, les nations, les races. Ils pensaient peut-ĂŞtre ainsi supprimer la cause des conflits e guerres, ils pensèrent mĂŞme que d’uniformiser les deux sexes allait rĂ©soudre les conflits de couple ( certains autres pensent que plus hypocritement le fĂ©minisme eut tout simplement pour objectif , en mettant la femme sur le marchĂ© du travail, de lancer le productivisme capitaliste, pendant que les femmes se faisaient bien berner avec des discours Ă©mancipationnistes). En fait, les grandes prĂŞtresses du fĂ©minisme du dĂ©but du siècle  en Angleterre,, Ă©taient les Ă©pouses ou les parentes de puissants  bourgeois industriels qui les encouragèrent Ă  brandir l’étendard de la pseudo -libĂ©ration des femmes pour pousser des centaines de milliers de femmes dans les ghettos des usines, apport laboriste massif sans lequel la rĂ©volution industrielle n’aurait jamais pu se faire !


LĂ  aussi, la dualitĂ© ne fut pas du tout dĂ©passĂ©e et au lieu de devenir dualitĂ© complĂ©mentariste en faisant valoir les valeurs spĂ©cifiquement fĂ©minines pour humaniser la sociĂ©tĂ© humaine, elle poussa tout simplement les femmes Ă  adopter des valeurs masculines, Ă  singer les hommes. RĂ©sultat : la destruction du couple, et les ravages de la psychopathologie liĂ©e Ă   la difficultĂ© de maturation de millions d’enfants semi-orphelins par divorce banalisĂ© et par rebond, l’immaturitĂ© croissante des adultes . Certains pensent que c’est le sentiment d’une menace inconsciente contre leur virilitĂ© qui a poussĂ© la population mâle du monde occidental  Ă  rĂ©agir par surcompensation dans la suractivitĂ© technologique et mercantiliste. « Voyez quels hommes nous sommes, toutes ces Ă©normes machines, ces avions gĂ©ants, ces locomotives massives, ces flux d’argent, ces magnifiques bagnoles… ces capitaux, quelle puissance… quelle virilitĂ© .. ! quels mâles nous sommes ! Â»- Bon, pendant ce temps, le nombre de leurs spermatozoĂŻdes par centimètre cube de sperme a diminuĂ© de 80 %, Ă  force d’avaler tant de pesticides, d’herbicides, de phtalates, de fumĂ©es acides , d’eau pourrie et d’autres douceurs modernistes et progressistes … !


Alors, avons-nous un avenir sur la terre ? comment rĂ©soudre cette dualitĂ© tellement  fondamentale et constitutive  de la nature que mĂŞme un atome d’hydrogène essaye de piquer son Ă©lectron Ă  un autre .. !


Par le travail sur soi  la dualitĂ© oppositionnelle devient d’autant plus complĂ©mentariste , que «  l’autre Â» est nous-mĂŞme, l’ennemi n’est pas au dehors, il est dedans, ce n’est pas soi mais c’est notre mĂ©diocritĂ©, notre laisser-aller, notre ego .. la dualitĂ© demeure mais elle s’intĂ©riorise, l’individu demeure et mĂŞme il devient  plus fort, plus noble  et surtout il devient responsable parcequ’il polit son âme, il n’a plus rien Ă  dĂ©fendre, il s’affirme par son impeccabilitĂ©, il aime la diffĂ©rence avec l’autre, parceque l’uniformitĂ© des ĂŞtres  tue la vie et si, poussĂ© par les circonstances il se trouve dans la nĂ©cessitĂ© de combattre, ce sera dans le respect de son opposant dont il sait qu’il est l’indispensable meilleur alliĂ© de son progrès (  mĂ©canisme mĂŞme de la dualitĂ© dynamique).


L’être humain nouveau n’est pas encore arrivĂ© mais si nous le voulons, nous pouvons le construire ici et maintenant, Ă  l’instant mĂŞme et nous pourrons enfin assister Ă  un vrai progrès, celui de l’être humain comme individu, libre et responsable et non  pas Ă  une monstrueuse hypocrisie productiviste, .



L’éclaireur